jeudi, 19 juillet 2018

18è Journée Retrouvaille à Tlemcen Les anciens juges et cadis s’invitent au Palais de la Culture

Publié dans Culture vendredi, 22 juin 2018 16:09
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Par Allal Bekkaï

Le Palais de la Culture Abdelkrim Dali d’Imama(Mansourah) abritera aujourd’hui la 18è Journée Retrouvaille. Cet évènement culturel qui est organisé par l’Association des anciens élèves du collège de Slane, du lycée de garçons et de la médersa de Tlemcen (Ecolymet) présidée par le Dr AbderrahimMesli est dédié cette année aux anciens juristes de Tlemcen. Le Cadi des cadis Abou BakrChoaïb Ben Ali El-Djalili est originaire du village de SebaâChioukh, près d’El- F’houl, dans les environs de Tlemcen. Il est né en 1843 et a grandi à Tlemcen (une venelle située à Bab El Djiad porte son nom : derb el Qadi). Il y fut cadi pendant plusieurs années et était réputé pour sa maîtrise des sciences traditionnelles, rationnelles et linguistiques.
Il a représenté l’Algérie et la Tunisie au congrès des Orientalistes à Stockholm en 1889. Abou BakrChoaïb décéda à Tlemcen en 1928 et fut inhumé au mausolée de Cheïkh Abou MedieneChoaïb Ben El Hassan au village d’El Eubbad. Le Cadi Aboura Mohamed est né le 15 novembre 1886 à Tlemcen. Il a fait ses études à la médersa de Tlemcen en 1908 et à Alger en 1910.Il était diplômé de la division supérieure dans l’administration en 1911. Adel à Sig, Frenda et Sebdou ; Bachadel en 1923 à Cassaigne, à Sebdou, à Aïn Témouchent et Cadi en 1934 à Trézel. Cadi à Saïda, le jour de sa mutation à Tlemcen, il eut un arrêt cardiaque dans le bain maure de la ville des Thermes ; il fut transféré au cimetière Cheikh Senouci à Tlemcen, où il repose en paix, selon son petit- fils MorsliBouayed.
Si KaddourBenghabrit est né à Sidi Bel Abbés en 1868dans une famille de notables, originaire de Tlemcen, établie par la suite au Maroc pour fuir l'occupation et mort à Paris en 1954, était un fonctionnaire algérien du quai d'Orsay, fondateur de l’Institut Musulman de la Grande Mosquée de Paris. Après des études secondaires à la Médersa d’Alger Thaalibiya) et à l'université Al Quaraouiyine de Fès, il commence sa carrière professionnelle en Algérie, dans le champ de la magistrature. En 1892, il devient interprète-auxiliaire à la Légation de France à Tanger et entre ainsi officiellement, dans les cadres du ministère des Affaires 2trangères français. Le Cadi de Nédroma Si Ben Amar Belbachir, Si Moulay Ben ThabetBenaza, El Bachir Ben Rostan, ainsi que les muftis Hadj DjelloulChalabi et Bachir Benosmane, marquèrent de leurs empreintes la scène juridique de l’époque à Tlemcen. Le siège de la LaMahkama de Tlemcen est situé au niveau de Derb Sidi Belahcène, à l’angle même de la Grande Mosquée qu’elle jouxte comme une dépendance. D’après certains historiens, elle existait autrefois à l’emplacement du magasin Au Bûcheron près de l’enceinte de l’hôtel Moghreb, avant d’être transférée à hauteur de la Grande Mosquée (c’était la porte d’entrée réservée aux femmes appelée «BabEn’sa», pendant les jours du vendredi et des fêtes).
En matière de justice musulmane, le cadi avait la connaissance des procès intéressant la population tlemcenienne et servait en même temps de notaire pour la rédaction des transactions. A cette époque, le Cadi était Si Moulay Ben ThabetBenaza, il avait comme secrétaire Ben Cheikh Ben Tabet. Il était Juge du civil comme du pénal. Cet ancien tribunal de droit islamique dans lequel exercera par la suite El Bachir Ben Rostan qui était le premier Cadi et interprète de cette Mahkama, ainsi que l’illustre cadi Chouaïb Abou Bekr, entre autres, fut reconverti par la suite en étude notariale, sous la tutelle du ministère de la Justice (algérien), gérée alors par feu Me Benkalfat. Avant d’être cédé aux Affaires Religieuses pour abriter «Dar El Iqra’». En face de la résidence de la wilaya, mitoyen au temple protestant, se trouve le tribunal civil (1861) qui a gardé sa vocation judiciaire (1er instance). Une mosaïque iconographique murale du Milani Augustin Ferrando représentant Saint Michel contre le dragon, (symbolisant le bien contre le mal) meuble la façade- sud de ce palais de justice de la rue de la paix. Le vétuste, mais non moins pittoresque poids public trône toujours devant le tribunal, défiant l’usure du temps.
Une vasque a été dernièrement érigée aux côtés de cet édifice avant d’être démantelée quelques jours après. Auparavant, la justice de paix fut installée dans l’ancienne accouma (déformation de Dar El Houkouma) du Caïd Si HammadiSekkal, impasse des Mauvaises -Paroles, dans l’immeuble qui abrita par la suite le siège initial du commissariat de police (mitoyen à l’hôtel Moghreb de la Place des Victoires), où exerça comme interprète indigène (tordjmane) Mohammed Bekkaï de la rue Benziane (qui n’est autre que l’oncle paternel de l’auteur de ces lignes, n.d.l.r). L’agent de police était appelé gardien de la paix. Par un décret du 04 août 1849, M. Perez Louis-Jean-Marie Thimothée, avocat, fut désigné pour la justice de paix de Tlemcen. En mai 1850, furent créés deux postes de juges suppléants non rétribués, occupés par Allegret et Simon Dominique. Charles Brosselard, maire, était juge de paix à Tlemcen vers 1860. Le juge de Paix avait à cette époque un traitement de 2400 francs (l’équivalent aujourd’hui de 14,5 millions de centimes) et l’interprète de 1.000 francs (07 millions). Le tribunal civil a vu passer en 1921 en l’occurrence plusieurs magistrats dont Daclin (Président), Linet (substitut), Enaetzerj (Procureur de la République), Mohamed Benabdellah (juge suppléant), fils de l'Agha Benabdellah de derb Sidi El-Yeddoun), dont l'assassinat le 12 septembre 1856 sur la route de Négrier par le capitaine chef Doineau du bureau arabe de Tlemcen, sur une diligence qui se dirigeait vers Oran, donna lieu à un procès célèbre. Dans les procès, où des indigènes étaient intéressés, le juge de Paix devait être assisté d’un notable indigène qui fut pendant longtemps le kouloughli Ahmed Ben Aïch. Lors de la période postindépendance, l’on se souvient de magistrats charismatiques au sein du tribunal de la rue de la Paix, à l’instar des Kara Mostéfa dit Cheikh El Kadi (premier président de Cour),Hamzaoui (président de tribunal),Dib Abderrezak (juge),Dib Bachir (autorité morale), Ghomari Mohammed (juge), Si Mohammed Bendelhoum, Benblal (procureur général), Aboura (procureur de la République), Ghernaout (juge d’instruction); au barreau plaidaient Mes Abdellah Hadj Slimane, BoukliHacène Omar (bâtonnier), Djilali(Abdelkader) El Hassar (bâtonnier) alors que Bouayed était interprète agrée auprès du tribunal, selon Me Fawzi Aoul Hadjaj, avocat à la Cour de Tlemcen. A noter que le célèbre Me AbdessamadBenabdellah, né à Tlemcen en 1927, est le fils du juge suppléant précité ; l’avocat du FLN, ne figurait pas au barreau de Tlemcen. Néanmoins, il venait défendre les fidayine (membres de l’OCFLN) devant le tribunal militaire dit tribunal permanent des forces armées(TPFA) de Tlemcen. Après l’indépendance, AbdessamadBenabdellah exerça les fonctions de maire d’Oran et de président directeur général d’Air Algérie, pendant quelques années, après quoi, il revêtit de nouveau sa robe d’avocat et devint bâtonnier du barreau d’Alger poursuivant sa tâche de défenseur des opprimés, pour le triomphe du droit auquel il avait consacré sa vie. Me AbdessamadBenabdellah est décédé à Paris en mars 2005 des suites d’une longue maladie ; il repose en paix au cimetière d’El Alia à Alger. Grand mécène et avocat maître BoukliHacène Omar (mort en 1972), fut le fondateur du Croissant Rouge Algérien en 1956 à Tanger ; il légua à l'Etat, sous forme de fondation, sa maison de maître avec jardin aux abords du village de Sidi Abou Madyan et le bain de rapport (hammam Sliman), proposant, selon ses voeux testamentaires, la création d'un hospice, ou, à défaut, un espace rattaché au saint savant, à l'honneur de la culture. Or, depuis voilà plus de quarante années, ce lieu est fermé et la fondation, créée pour prendre possession des lieux, dissoute. Depuis sa fermeture à la mort du donateur, les biens (manuscrits, objets d'art, meubles…) ont, en partie disparu.
Le ministre des Affaires Religieuses et des Waqfs de l’époque, BenabdellahGhollamallah, y avait fait un saut, en marge de sa visite de travail à Tlemcen en janvier 2010.
Pas moins de 09 communications sont programmées dans le cadre de cette journée hommage aux anciens juristes de Tlemcen : «Le magistrat et la conception classique du droit »(par Me Mustapha Saïdi) ; « De la génération des premiers juristes de Tlemcen : Benali Fekar, Abdesselam Taleb, Omar BoukliHacène »(par M. Benali El Hassar) ; «M. Kara Terki Mustapha, ancien président du Tribunal de Tlemcen» (par M. Mustapha Baba Ahmed) ; «Maitre Benabdellah, ancien bâtonnier» (par Me Ferhani, avocat à Oran) ; « Le cadi Choaïb Abou Bakr» (par M. Sidi Mohammed Negadi) ; «Maître Hassar Abdelkader, ancien bâtonnier »(par Pr. Mokhtar Benkalfat) ; «Hommage à Hadj Slimane (par Me AzzeddineKahouadji) ; « Le juge Ghomari Mohammed, ex-président de Chambre auprès de la Cour de Tlemcen »(par son fils Amar Ghomari) ; « Si Abdelkader Medjaoui, ancien juriste» (par M. Mustapha Guenaou).

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