jeudi, 19 juillet 2018

Lieu de la rédaction de la célèbre « Moqaddima » Les grottes d’Ibn Khaldoun à Tiaret, un pan d’histoire et de mémoire

Publié dans Culture mardi, 19 juin 2018 17:43
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Par : M. H.

Depuis plusieurs siècles, les Arabes et les musulmans se vantent des anciennes grottes, qui à travers le monde, font leur fierté. La première grotte qui nous renvoie à l’histoire et à la mémoire des Arabes et des musulmans est GharHira, en rapportavec notre Prophète, Mohammed (QSSSL).
Pour revenir aux grottes d’Abderahmane Ibn Khaldoun, frère de l’historien Yahia Ibn Khadoun, tous les deux ont vécu à Tlemcen, ancienne capitale du Maghreb central et ville du savoir et de la culture. C’est là, que cherchant du calme pour pouvoir écrire, il se refugie dans ces grottes, dans la région de Tiaret.
Œuvres de l’homme, ces grottes se trouvent sur les hauteurs d’une montagne, au sommet d’une crête abrupte et rocheuse, domine toute une plaine: une pleine verdoyante en ce mois qui coïncide avec la célébration du mois du patrimoine en Algérie. Ces grottes sont à proximité d’une petite agglomération, oùa été érigée sur l’emplacement des vestiges de la fierté et de la liberté, la région de Qalaat des Beni Salama, près de la ville de Frenda, région natale de Jacques Berque et Amar Mahmoudi, deux auteurs, deux chercheurs, deux écrivains, deux fiertés de la région.
L’histoire et la mémoire des lieux portent haut la célébrité de l’ouvrage d’Ibn Khaldoun et l’écriture, tout en pensant à la rédaction de la «Moqaddima » (Prolégomènes, introduction à l’Histoire universelle) dans ces grottes de Beni Salama:la rédaction de cette œuvre aurait pris beaucoup temps; le temps consacré serait de 04 années, puisque l’œuvre a été terminée en 1379.

Une zone archéologique classée

Ces grottes sont situées dans une zone, classée archéologique par les autorités scientifiques compétentes.
C’est dans ces grottes qu’Ibn Khaldoun se réfugie pour une méditation.
Ces mêmes grottes devinrent en premier lieu, une khalwa, un espace de retraite, pour sa propre méditation, puisqu’il était très connu pour sa piété et son attachement au cultuel.
Peut-être, cette grotte portera le nom de Khaloua d’Ibn Khaldoun.
Bien qu’anciennes, elles étaient habitées par une population d’origine berbère. Elles sont l’œuvre d’un travail humain, puisqu’elles ont été creusées pour en faire des abris contre toute agression et les intempéries, voire les catastrophes naturelles.
D’ailleurs, elles étaient dans la Qalaa des Beni Salama que l’histoire rapporte : elles auraient été aussi occupées par une tribu hilalienne, les Beni Arif.
Durant la visite des lieux, lors d’un colloque organisé par le Centre National des Etudes Historiques d’Alger, nous avons vécu des moments que ressent un chercheur de la trempe d’un Ibn Khaldounen optant pour ces lieux pour y méditer et rédiger son œuvre, aujourd’hui universelle et incontournable pour les spécialistes en la matière.
A l’intérieur, les visiteurs se sentent à l’aise, lors de leur circulation et lors des moments des visites : ces grottes sont considérées comme lieux suffisamment spacieux.
L’espace fournit des éléments qui font penser que l’auteur du «Kitab el ‘Ibar » n’a jamais été contraint de quitter les lieux pour continuer son travail de la rédaction de la « Moqaddima ». Plusieurs chambres sont dans le roc et les roches qui présentent des marqueurs d’une harmonie spatiale et territoriale.

Frenda, une attraction touristique

Bien qu’elles soient isolées, les grottes servaient d’abri et de lieu d’hébergement, conservant la grande fraîcheur, lors des grandes chaleurs.
Il est à noter que la région est connue pour les périodes de chaleur dans une région située dans les Hauts-Plateaux. Malgré le nombre de grottes, Ibn Khaldoun se contentait uniquement, d’une seule qui, selon certains témoignages, lui convenait favorablement pour y habiter, lire et écrire.
Si on parlait du génie de l’Aïdour pour Oran, nous rappelons le génie des BeniSalama, Ibn Khaldoun a rédigé une œuvre, devenue une référence incontournable des sciences sociales et des sciences humaines.
Il lisait et écrivait confortablement, puisqu’il s’agit d’une œuvre, devenue universelle.
C’est dans ces grottes qu’il est arrivé à achever la rédaction de son œuvre.
Si les grottes ont servi de lieu du savoir, elles ont été utilisées comme lieu de méditation, pour lui conférer une dimension doublement élevée de la portée pluridimensionnelle, qu’elle soit scientifique, intellectuelle ou culturelle.
Peut-être, que ces grottes situées dans un lieu stratégique ont été un lieu d’inspiration pour Ibn khaldoun et d’autres que nous ignorons.
Nous lui reconnaissons la valeur d’un patrimoine à classer comme patrimoine de l’humanité.
Cette classification viendra sans nul doute, confirmer la décision de l’avoir classée, patrimoine national, depuis l’époque coloniale.

Le périple d’Ibn Khaldoun

Deux points sont à relever : la considération des lieux et la valorisation de ce patrimoine.
On raconte qu’Ibn Khaldoun aurait insisté sur une demande qui lui a été refusée; puis, décide un bon matin de quitter les lieux, pour être accueilli par une vieille tribu de la région, la tribu des Beni Arif. C’est à Taghazout qu’il a décidé de choisir son lieu de retraite, tout en abandonnant les commodités princières des rois zianides de Tlemcen, alors Capitale du Maghreb central.
Il est à noter que la Qalaa des Beni Salam est classée patrimoine nationale, il y a cinq décennies.
Cette année, en ce mois de patrimoine, c’est le cinquantième anniversaire de son classement par les autorités compétentes algériennes, à quelques années de l’indépendance nationale. De nos jours, ces grottes conservent un riche passé et cachent un trésor immatériel très important.
Il y a une douzaine d’années, un projet de revalorisation de la grotte d’Ibn Khaldoun, communément appelée « khalouat Ibn Khaldoun ».
Que devient ce projet de grande envergure ? Il s’agit bien sûr, d’une réhabilitation des lieux et de son riche passé, pour qu’un un jour ce projet ne, tombe en désuétude.
C’est dans cette région que fut rédigée la « Moqaddima», de Tiaret, près de Frenda, où Ibn Khaldoun a préféré résider et méditer, puis rédiger son œuvre, qu’il honora par l’usage d’une plume tradition et un encrier, quand le «kalam» et le « midad » régnaient auprès Ibn Khaldoun, l’homme qui a été le précurseur de la sociologie moderne.
Il avait forgé sa conception qui sera plus tard développée, pour donner naissance repris un néologisme à la sociologie que nous étudions aujourd’hui dans les différentes universités.
Sous la lumière blafarde de la bougie traditionnelle pour lire et écrire, il a lui-même réalisé le « kalam » pour écrire l’œuvre de la « Moqaddima ».
Pour toutes ces raisons, la grotte d’Ibn Khaldounest un patrimoine qui symbolise tout une vie, toute une œuvre, toute une mémoire de toute une civilisation qui reste intimement liée à Ibn Khaldoun( 1332 – 1406).
Si l’Algérie indépendante avait classé les grottes en 1968, les Français l’avaient fait 19 ans plus tôt (1949).
Le savant a fait preuve de sérieux dans son travail, puisque son œuvre a totalement bouleversé le monde de la recherche scientifique.
D’ailleurs, la première bourse de «De Slane» a été pour la traduction de l’œuvre d’Ibn Khaldoun.
Il est à noter que l’auteur de la «Moqaddima» a été un homme sage et intelligent, son intelligence lui a fait beaucoup de jaloux, voire d’ennemis.

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