lundi, 20 août 2018

Par Allal Bekkaï

Le Palais de la Culture Abdelkrim Dali d’Imama(Mansourah) abritera aujourd’hui la 18è Journée Retrouvaille. Cet évènement culturel qui est organisé par l’Association des anciens élèves du collège de Slane, du lycée de garçons et de la médersa de Tlemcen (Ecolymet) présidée par le Dr AbderrahimMesli est dédié cette année aux anciens juristes de Tlemcen. Le Cadi des cadis Abou BakrChoaïb Ben Ali El-Djalili est originaire du village de SebaâChioukh, près d’El- F’houl, dans les environs de Tlemcen. Il est né en 1843 et a grandi à Tlemcen (une venelle située à Bab El Djiad porte son nom : derb el Qadi). Il y fut cadi pendant plusieurs années et était réputé pour sa maîtrise des sciences traditionnelles, rationnelles et linguistiques.
Il a représenté l’Algérie et la Tunisie au congrès des Orientalistes à Stockholm en 1889. Abou BakrChoaïb décéda à Tlemcen en 1928 et fut inhumé au mausolée de Cheïkh Abou MedieneChoaïb Ben El Hassan au village d’El Eubbad. Le Cadi Aboura Mohamed est né le 15 novembre 1886 à Tlemcen. Il a fait ses études à la médersa de Tlemcen en 1908 et à Alger en 1910.Il était diplômé de la division supérieure dans l’administration en 1911. Adel à Sig, Frenda et Sebdou ; Bachadel en 1923 à Cassaigne, à Sebdou, à Aïn Témouchent et Cadi en 1934 à Trézel. Cadi à Saïda, le jour de sa mutation à Tlemcen, il eut un arrêt cardiaque dans le bain maure de la ville des Thermes ; il fut transféré au cimetière Cheikh Senouci à Tlemcen, où il repose en paix, selon son petit- fils MorsliBouayed.
Si KaddourBenghabrit est né à Sidi Bel Abbés en 1868dans une famille de notables, originaire de Tlemcen, établie par la suite au Maroc pour fuir l'occupation et mort à Paris en 1954, était un fonctionnaire algérien du quai d'Orsay, fondateur de l’Institut Musulman de la Grande Mosquée de Paris. Après des études secondaires à la Médersa d’Alger Thaalibiya) et à l'université Al Quaraouiyine de Fès, il commence sa carrière professionnelle en Algérie, dans le champ de la magistrature. En 1892, il devient interprète-auxiliaire à la Légation de France à Tanger et entre ainsi officiellement, dans les cadres du ministère des Affaires 2trangères français. Le Cadi de Nédroma Si Ben Amar Belbachir, Si Moulay Ben ThabetBenaza, El Bachir Ben Rostan, ainsi que les muftis Hadj DjelloulChalabi et Bachir Benosmane, marquèrent de leurs empreintes la scène juridique de l’époque à Tlemcen. Le siège de la LaMahkama de Tlemcen est situé au niveau de Derb Sidi Belahcène, à l’angle même de la Grande Mosquée qu’elle jouxte comme une dépendance. D’après certains historiens, elle existait autrefois à l’emplacement du magasin Au Bûcheron près de l’enceinte de l’hôtel Moghreb, avant d’être transférée à hauteur de la Grande Mosquée (c’était la porte d’entrée réservée aux femmes appelée «BabEn’sa», pendant les jours du vendredi et des fêtes).
En matière de justice musulmane, le cadi avait la connaissance des procès intéressant la population tlemcenienne et servait en même temps de notaire pour la rédaction des transactions. A cette époque, le Cadi était Si Moulay Ben ThabetBenaza, il avait comme secrétaire Ben Cheikh Ben Tabet. Il était Juge du civil comme du pénal. Cet ancien tribunal de droit islamique dans lequel exercera par la suite El Bachir Ben Rostan qui était le premier Cadi et interprète de cette Mahkama, ainsi que l’illustre cadi Chouaïb Abou Bekr, entre autres, fut reconverti par la suite en étude notariale, sous la tutelle du ministère de la Justice (algérien), gérée alors par feu Me Benkalfat. Avant d’être cédé aux Affaires Religieuses pour abriter «Dar El Iqra’». En face de la résidence de la wilaya, mitoyen au temple protestant, se trouve le tribunal civil (1861) qui a gardé sa vocation judiciaire (1er instance). Une mosaïque iconographique murale du Milani Augustin Ferrando représentant Saint Michel contre le dragon, (symbolisant le bien contre le mal) meuble la façade- sud de ce palais de justice de la rue de la paix. Le vétuste, mais non moins pittoresque poids public trône toujours devant le tribunal, défiant l’usure du temps.
Une vasque a été dernièrement érigée aux côtés de cet édifice avant d’être démantelée quelques jours après. Auparavant, la justice de paix fut installée dans l’ancienne accouma (déformation de Dar El Houkouma) du Caïd Si HammadiSekkal, impasse des Mauvaises -Paroles, dans l’immeuble qui abrita par la suite le siège initial du commissariat de police (mitoyen à l’hôtel Moghreb de la Place des Victoires), où exerça comme interprète indigène (tordjmane) Mohammed Bekkaï de la rue Benziane (qui n’est autre que l’oncle paternel de l’auteur de ces lignes, n.d.l.r). L’agent de police était appelé gardien de la paix. Par un décret du 04 août 1849, M. Perez Louis-Jean-Marie Thimothée, avocat, fut désigné pour la justice de paix de Tlemcen. En mai 1850, furent créés deux postes de juges suppléants non rétribués, occupés par Allegret et Simon Dominique. Charles Brosselard, maire, était juge de paix à Tlemcen vers 1860. Le juge de Paix avait à cette époque un traitement de 2400 francs (l’équivalent aujourd’hui de 14,5 millions de centimes) et l’interprète de 1.000 francs (07 millions). Le tribunal civil a vu passer en 1921 en l’occurrence plusieurs magistrats dont Daclin (Président), Linet (substitut), Enaetzerj (Procureur de la République), Mohamed Benabdellah (juge suppléant), fils de l'Agha Benabdellah de derb Sidi El-Yeddoun), dont l'assassinat le 12 septembre 1856 sur la route de Négrier par le capitaine chef Doineau du bureau arabe de Tlemcen, sur une diligence qui se dirigeait vers Oran, donna lieu à un procès célèbre. Dans les procès, où des indigènes étaient intéressés, le juge de Paix devait être assisté d’un notable indigène qui fut pendant longtemps le kouloughli Ahmed Ben Aïch. Lors de la période postindépendance, l’on se souvient de magistrats charismatiques au sein du tribunal de la rue de la Paix, à l’instar des Kara Mostéfa dit Cheikh El Kadi (premier président de Cour),Hamzaoui (président de tribunal),Dib Abderrezak (juge),Dib Bachir (autorité morale), Ghomari Mohammed (juge), Si Mohammed Bendelhoum, Benblal (procureur général), Aboura (procureur de la République), Ghernaout (juge d’instruction); au barreau plaidaient Mes Abdellah Hadj Slimane, BoukliHacène Omar (bâtonnier), Djilali(Abdelkader) El Hassar (bâtonnier) alors que Bouayed était interprète agrée auprès du tribunal, selon Me Fawzi Aoul Hadjaj, avocat à la Cour de Tlemcen. A noter que le célèbre Me AbdessamadBenabdellah, né à Tlemcen en 1927, est le fils du juge suppléant précité ; l’avocat du FLN, ne figurait pas au barreau de Tlemcen. Néanmoins, il venait défendre les fidayine (membres de l’OCFLN) devant le tribunal militaire dit tribunal permanent des forces armées(TPFA) de Tlemcen. Après l’indépendance, AbdessamadBenabdellah exerça les fonctions de maire d’Oran et de président directeur général d’Air Algérie, pendant quelques années, après quoi, il revêtit de nouveau sa robe d’avocat et devint bâtonnier du barreau d’Alger poursuivant sa tâche de défenseur des opprimés, pour le triomphe du droit auquel il avait consacré sa vie. Me AbdessamadBenabdellah est décédé à Paris en mars 2005 des suites d’une longue maladie ; il repose en paix au cimetière d’El Alia à Alger. Grand mécène et avocat maître BoukliHacène Omar (mort en 1972), fut le fondateur du Croissant Rouge Algérien en 1956 à Tanger ; il légua à l'Etat, sous forme de fondation, sa maison de maître avec jardin aux abords du village de Sidi Abou Madyan et le bain de rapport (hammam Sliman), proposant, selon ses voeux testamentaires, la création d'un hospice, ou, à défaut, un espace rattaché au saint savant, à l'honneur de la culture. Or, depuis voilà plus de quarante années, ce lieu est fermé et la fondation, créée pour prendre possession des lieux, dissoute. Depuis sa fermeture à la mort du donateur, les biens (manuscrits, objets d'art, meubles…) ont, en partie disparu.
Le ministre des Affaires Religieuses et des Waqfs de l’époque, BenabdellahGhollamallah, y avait fait un saut, en marge de sa visite de travail à Tlemcen en janvier 2010.
Pas moins de 09 communications sont programmées dans le cadre de cette journée hommage aux anciens juristes de Tlemcen : «Le magistrat et la conception classique du droit »(par Me Mustapha Saïdi) ; « De la génération des premiers juristes de Tlemcen : Benali Fekar, Abdesselam Taleb, Omar BoukliHacène »(par M. Benali El Hassar) ; «M. Kara Terki Mustapha, ancien président du Tribunal de Tlemcen» (par M. Mustapha Baba Ahmed) ; «Maitre Benabdellah, ancien bâtonnier» (par Me Ferhani, avocat à Oran) ; « Le cadi Choaïb Abou Bakr» (par M. Sidi Mohammed Negadi) ; «Maître Hassar Abdelkader, ancien bâtonnier »(par Pr. Mokhtar Benkalfat) ; «Hommage à Hadj Slimane (par Me AzzeddineKahouadji) ; « Le juge Ghomari Mohammed, ex-président de Chambre auprès de la Cour de Tlemcen »(par son fils Amar Ghomari) ; « Si Abdelkader Medjaoui, ancien juriste» (par M. Mustapha Guenaou).

Par : M. H.

Depuis plusieurs siècles, les Arabes et les musulmans se vantent des anciennes grottes, qui à travers le monde, font leur fierté. La première grotte qui nous renvoie à l’histoire et à la mémoire des Arabes et des musulmans est GharHira, en rapportavec notre Prophète, Mohammed (QSSSL).
Pour revenir aux grottes d’Abderahmane Ibn Khaldoun, frère de l’historien Yahia Ibn Khadoun, tous les deux ont vécu à Tlemcen, ancienne capitale du Maghreb central et ville du savoir et de la culture. C’est là, que cherchant du calme pour pouvoir écrire, il se refugie dans ces grottes, dans la région de Tiaret.
Œuvres de l’homme, ces grottes se trouvent sur les hauteurs d’une montagne, au sommet d’une crête abrupte et rocheuse, domine toute une plaine: une pleine verdoyante en ce mois qui coïncide avec la célébration du mois du patrimoine en Algérie. Ces grottes sont à proximité d’une petite agglomération, oùa été érigée sur l’emplacement des vestiges de la fierté et de la liberté, la région de Qalaat des Beni Salama, près de la ville de Frenda, région natale de Jacques Berque et Amar Mahmoudi, deux auteurs, deux chercheurs, deux écrivains, deux fiertés de la région.
L’histoire et la mémoire des lieux portent haut la célébrité de l’ouvrage d’Ibn Khaldoun et l’écriture, tout en pensant à la rédaction de la «Moqaddima » (Prolégomènes, introduction à l’Histoire universelle) dans ces grottes de Beni Salama:la rédaction de cette œuvre aurait pris beaucoup temps; le temps consacré serait de 04 années, puisque l’œuvre a été terminée en 1379.

Une zone archéologique classée

Ces grottes sont situées dans une zone, classée archéologique par les autorités scientifiques compétentes.
C’est dans ces grottes qu’Ibn Khaldoun se réfugie pour une méditation.
Ces mêmes grottes devinrent en premier lieu, une khalwa, un espace de retraite, pour sa propre méditation, puisqu’il était très connu pour sa piété et son attachement au cultuel.
Peut-être, cette grotte portera le nom de Khaloua d’Ibn Khaldoun.
Bien qu’anciennes, elles étaient habitées par une population d’origine berbère. Elles sont l’œuvre d’un travail humain, puisqu’elles ont été creusées pour en faire des abris contre toute agression et les intempéries, voire les catastrophes naturelles.
D’ailleurs, elles étaient dans la Qalaa des Beni Salama que l’histoire rapporte : elles auraient été aussi occupées par une tribu hilalienne, les Beni Arif.
Durant la visite des lieux, lors d’un colloque organisé par le Centre National des Etudes Historiques d’Alger, nous avons vécu des moments que ressent un chercheur de la trempe d’un Ibn Khaldounen optant pour ces lieux pour y méditer et rédiger son œuvre, aujourd’hui universelle et incontournable pour les spécialistes en la matière.
A l’intérieur, les visiteurs se sentent à l’aise, lors de leur circulation et lors des moments des visites : ces grottes sont considérées comme lieux suffisamment spacieux.
L’espace fournit des éléments qui font penser que l’auteur du «Kitab el ‘Ibar » n’a jamais été contraint de quitter les lieux pour continuer son travail de la rédaction de la « Moqaddima ». Plusieurs chambres sont dans le roc et les roches qui présentent des marqueurs d’une harmonie spatiale et territoriale.

Frenda, une attraction touristique

Bien qu’elles soient isolées, les grottes servaient d’abri et de lieu d’hébergement, conservant la grande fraîcheur, lors des grandes chaleurs.
Il est à noter que la région est connue pour les périodes de chaleur dans une région située dans les Hauts-Plateaux. Malgré le nombre de grottes, Ibn Khaldoun se contentait uniquement, d’une seule qui, selon certains témoignages, lui convenait favorablement pour y habiter, lire et écrire.
Si on parlait du génie de l’Aïdour pour Oran, nous rappelons le génie des BeniSalama, Ibn Khaldoun a rédigé une œuvre, devenue une référence incontournable des sciences sociales et des sciences humaines.
Il lisait et écrivait confortablement, puisqu’il s’agit d’une œuvre, devenue universelle.
C’est dans ces grottes qu’il est arrivé à achever la rédaction de son œuvre.
Si les grottes ont servi de lieu du savoir, elles ont été utilisées comme lieu de méditation, pour lui conférer une dimension doublement élevée de la portée pluridimensionnelle, qu’elle soit scientifique, intellectuelle ou culturelle.
Peut-être, que ces grottes situées dans un lieu stratégique ont été un lieu d’inspiration pour Ibn khaldoun et d’autres que nous ignorons.
Nous lui reconnaissons la valeur d’un patrimoine à classer comme patrimoine de l’humanité.
Cette classification viendra sans nul doute, confirmer la décision de l’avoir classée, patrimoine national, depuis l’époque coloniale.

Le périple d’Ibn Khaldoun

Deux points sont à relever : la considération des lieux et la valorisation de ce patrimoine.
On raconte qu’Ibn Khaldoun aurait insisté sur une demande qui lui a été refusée; puis, décide un bon matin de quitter les lieux, pour être accueilli par une vieille tribu de la région, la tribu des Beni Arif. C’est à Taghazout qu’il a décidé de choisir son lieu de retraite, tout en abandonnant les commodités princières des rois zianides de Tlemcen, alors Capitale du Maghreb central.
Il est à noter que la Qalaa des Beni Salam est classée patrimoine nationale, il y a cinq décennies.
Cette année, en ce mois de patrimoine, c’est le cinquantième anniversaire de son classement par les autorités compétentes algériennes, à quelques années de l’indépendance nationale. De nos jours, ces grottes conservent un riche passé et cachent un trésor immatériel très important.
Il y a une douzaine d’années, un projet de revalorisation de la grotte d’Ibn Khaldoun, communément appelée « khalouat Ibn Khaldoun ».
Que devient ce projet de grande envergure ? Il s’agit bien sûr, d’une réhabilitation des lieux et de son riche passé, pour qu’un un jour ce projet ne, tombe en désuétude.
C’est dans cette région que fut rédigée la « Moqaddima», de Tiaret, près de Frenda, où Ibn Khaldoun a préféré résider et méditer, puis rédiger son œuvre, qu’il honora par l’usage d’une plume tradition et un encrier, quand le «kalam» et le « midad » régnaient auprès Ibn Khaldoun, l’homme qui a été le précurseur de la sociologie moderne.
Il avait forgé sa conception qui sera plus tard développée, pour donner naissance repris un néologisme à la sociologie que nous étudions aujourd’hui dans les différentes universités.
Sous la lumière blafarde de la bougie traditionnelle pour lire et écrire, il a lui-même réalisé le « kalam » pour écrire l’œuvre de la « Moqaddima ».
Pour toutes ces raisons, la grotte d’Ibn Khaldounest un patrimoine qui symbolise tout une vie, toute une œuvre, toute une mémoire de toute une civilisation qui reste intimement liée à Ibn Khaldoun( 1332 – 1406).
Si l’Algérie indépendante avait classé les grottes en 1968, les Français l’avaient fait 19 ans plus tôt (1949).
Le savant a fait preuve de sérieux dans son travail, puisque son œuvre a totalement bouleversé le monde de la recherche scientifique.
D’ailleurs, la première bourse de «De Slane» a été pour la traduction de l’œuvre d’Ibn Khaldoun.
Il est à noter que l’auteur de la «Moqaddima» a été un homme sage et intelligent, son intelligence lui a fait beaucoup de jaloux, voire d’ennemis.