Zeddour Brahim, le premier étudiant Martyr de la Révolution algérienne

18 février, commémoration de la journée du Chahid

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La commémoration de la Journée nationale du chahid symbolise la fidélité aux milliers d’Algériens qui ont sacrifié leur vie pour que vive l’Algérie libre et indépendante. C’est une date historique et significative du passé révolutionnaire de notre peuple. Il faut d’abord coïncider la légende qui demeure noble est devient un devoir sacré envers les descendent pour qu’ils puissent mesurer à quel point fut le lourd sacrifice admis par les hommes qui ont édifié l’histoire de notre cher pays.

Dans ce glorieux événement, nous essayons de remémorer une figure emblématique de la résistance algérienne, le chahid Kacem Zeddour Mohamed Brahim, né le 02 février 1923 au N° 5 de la rue Cambronne du faubourg Saint Antoine séparé par le boulevard Mascara de M’dina J’dida ou professait son illustre père Cheikh Tayeb El Mahadji, dont la famille s’est installée vers le début du XXe siècle à Oran. Issu de deux lignées des chorfa d’El Gaada des OuledFréha par son père et OuledBlaha par sa mère, se positionnant au quatrième rang d’une famille de 6 enfants (3 Garçons et 3 Filles). Kacem fréquenta très jeune l’école cherifiya de son éminent père, fêta la clôture (khatima) du saint livre Coran à peine âgé de 9 ans, et obtint brillamment son certificat d’étude à 14 ans à l’école Pasteur, ce qui représenta un exploit en 1937 pour un indigène du village nègre. Mais c’est auprès de son cher père qu’il se forgea l’esprit pendent plus de quinze laborieuses années.

Le génie de sa génération

Tous ceux qui l’ont approché de près ou de loin témoignent que Kacem était à la fois doué et studieux, muni d’une intelligence inouïe au point qu’ils le considèrent comme un grand génie, son propre père et maitre n’a-t-il pas écrit dans ses mémoires, propos rapportés par un de ses cousins : « il était le fruit de mon œuvre, le summum de mon espoir, ma richesse tangible spirituelle, temporelle et éternelle (…).Quand Il acquit tout ce que je savais »
La disposition de l’élève qui a dépassé le maitre est-il vérifiée dans ce cas précis, surtout lorsque l’on sait l’étendue du savoir du père ?
Ajouter à cette intelligence exceptionnel reconnue par tous ces paires, la gentillesse, l’humilité et la générosité de ce grand homme et vous comprendrez pourquoi il a été tant aimé et adulé par ses proches, voilà pourquoi un tel génie soit éliminé sauvagement par ses barbares de l’Administration française.
Ses origines de noblesse et son environnement familial profilement imprégné par la culture religieuse selon les livres saints auraient pu faire de lui un grand maitre du mouvement islahiste, mais il s’orienta dès son jeune âge vers le mouvement de libération nationale, puis vers la lutte armée.

Un militant des premières heures

Vers la fin de ses premières études en 1945 alors âgé de 22ans, il se lança dans le commerce à M’dina J’dida où il transforma son magasin en une véritable fourmilière fréquenté par tous les partisans oranais du PPA dont il devint membre actif avec ses compagnons Hammou Boutlélis, Maachou Abdelkader, Ahmed Zabana ainsi que d’autres sympathisants, notammentDaoudji Boumediene, StambouliKouider, Fatmi Ahmed Tedjini…
Au sommet du réveil nationaliste surtout au lendemain de la libération de la France et du retour des combattants, des actions intensives de résistance étaient menées tout au long de ce début de Mai 1945, ce qui a entraîné une vaste compagne d’arrestations de militants dans toute l’oranais, dont Kacem et ses compagnons.
Incarcéré à la prison d’Oran pour chef d’inculpation de « trahison à la Sûreté de l’Etat », il fut libéré neuf mois après sa détention, en janvier 1946.
Tout comme son père féru de lecture qui exprimait ses idées réformistes dans l’organe de l’association des Ouléma Echihab avant la mort de son ami si Abdelhamid, Kacem se mit à écrire dans Eddalil organe du Mouvement pour le Triomphe des libertés Démocratique (MTLD) lorsqu’il s’installa en Tunisie pour entamer ses études supérieur dans l’université Zeïtouna où il obtint brillamment en 1948 le diplôme suprême Al Ahlia.
Au cours de cette période, il développait ses écrits sur des thèmes littéraires et religieux, ainsi que ses idées politiques engagées qui le ferons connaître dans le monde arabe, sous différents pseudonymes, il fera paraître ses articles dans différents journaux indépendants tant en Algérie (El Manar) qu’en Egypte (Daâwat El Haq).
En 1949 il poursuit ses études supérieures à Dar el Ouloum du Caire achevées en septembre 1953 par une licence en lettre et un perfectionnement en langues étrangères (anglais, Farsi) devenait ainsi quadrilingue.

Ses relations avec Boumediene et Ait Ahmed

C’est en Egypte qu’il intensifiera son boulimique activité politique et deviendra un passage presque obligé en assurant un rôle courroie de transmission avec les étudiants algériens (Mohamed Boukharouba futur président Boumediène, AbdelkaderReguig) ou les leaders politiques (Hocine Aït Ahmed) installés chez nos frères voisins. Au Caire, il rencontrait souvent de hautes personnalités du monde arabe comme les dirigeants des mouvements nationalistes maghrébins notamment Habib Bourguiba, Azzam Salah Benyoucef, Mohamed Ben Abdelkrim El Khattabi,ou les Frères Musulmans Hassan El Hodheïdi et Sayeed Kotb, les leaders de la ligue arabe, tels Abderrahmane Azzam, les dirigeants musulmans au pouvoir comme Mohammed Salah Eddine, ministre égyptien des Affaires Etrangères, ou le général palestinien Naguib…
Pendant ces quatre années passés en Egypte, au contact de ces sommités arabes, Kacem développera davantage ses connaissances de la civilisation arabo-musulmane et sa culture religieuse déjà largement étendue, et montrera surtout ses convictions et ses idées pour la libération de l’Algérie sous domination coloniale en se montrant comme l’un des plus fervents défenseurs de la cause nationale.

Mort pour la cause nationale

En mars 1954, il retourna au bercail sur conseil de son cher père, refusant plusieurs propositions émanant d’universités arabes (Egypte, Koweït) pour enseigner.
Cette année historique verra l’inusable partisan Kacem fort de son expérience égyptienne et de plus d’une dizaine d’années de militantisme engagé, multiplier ses effort en participant à la création du Comité Révolutionnaire d’unité et d’Action (CRUA) aux côtés de ses principaux dirigeants, dont Boudiaf, Benboulaid et Ben M’hidi qu’il rencontrera à Oran à la veille du déclenchement coordonné de la guerre de Libération nationale. Fiché par la DST depuis les évènements du 8 Mai 1945, il sera arrête définitivement 6 novembre 1954 après plusieurs convocations et interrogatoires forcés. Torturé atrocement par les policiers sanguinaires spécialisés dans le rituels barbares, il gardera ses secrets enfouis sera transféré dans les locaux de la DST à Alger.
Malgré de vaines démarches pour le retrouver, sa famille comprendra le drame qui frappa leur cher fils disparu à jamais un certain 13 novembre 1954, victime de la première heure si peu après le déclenchement de la guerre de libération national.
Un an après son arrestation famille saura qu’il a été sauvagement assassiné et déposera plainte officiellement près du parquet d’Alger, bien évidemment sans suite.
Le comble de l’ironie, c’est que cheikh Tayeb El Mahadji et son fils aîné Mohammed El Amine furent tantôt menacés, tantôt intimidés pour abandonner leurs recherches ; encore plus ridicule la réclamation du paiement d’une amande infligée par le tribunal Correctionnel d’Alger à l’encontre de Kacem.

Son corps jeté au large d’Alger

En novembre 1955, la presse dévoilera les circonstances de sa mort, et voilà ce que publiera l’Expresse sous le titre « La mort d’un Etudiant »
« Il y a, Alger, une affaire en cours d’instruction où des policiers haut placés sont compromis, il s’agit du meurtre d’un étudiant musulman âgé de 31 ans, ZeddourBelkacem à Oran….A son arrivée à Alger ,l’un des policiers chargés de l’interroger constata que les tortures qu’il avait subies à Oran l’avaient mis dans un tel état de faiblesse qu’il ne pouvait même plus parler.
Il conseillera de le laisser tranquille. C’est alors qu’un autre policier le ‘’ prit en main’’ Apres quelques instants, ZeddourBelkacem mourait.
Une mise en scène macabre fut alors organisée pour croire à la disparition de Zeddour. Le corps ficelé et mis dans un sac fut chargé dans une barque lesté de 70 kg de plomb et jeté à la mer à 40 km au large d’Alger. En même, un rapport était établi par un inspecteur complaisant qui déclarait que Belkacem s’était évadé(…) Malgré l’incurie de l’identité judiciaire (aucune empreinte n’a été prise alors que les mains du cadavre étaient intactes, malgré la complaisance de médecin légiste qui avait conclu à la mort par immersion, les parents de Belkacem furent prévenu, reconnurent leur fils sur les photos de l’identité judiciaire et sont sur le point de se constituer partie civile. »
Hélas, la vérité historique a été occultée et peu de jeunes connaissent la vie de ce génie qui a sacrifié sa jeunesse et sa vie pour que la mère patrie soit enfin libérée du Jong colonial et de son asservissement ! En voyant son frère Mohammed pour la dernière fois, ne lui va-t-il pas laissé entendre qu’il allait mourir ? « Mourir pour la mère patrie est un devoir », dirait-il comme son cousin ’’ Mahadji Zabana mais rester dans l’oubli, surtout enterré anonymement quelque part dans un trou du cimetière chrétien de Fort-de-l’ eau, aucun musulman ne pourrait l’accepter et encore moins un génie exceptionnel non sacré comme le fut notre héros Kacem-Zeddour-Brahim.

Un chahid sans tombe

Avant de clore cette brève évocation sur ce grand Homme, le premier étudiant Martyr de la Révolution algérienne resté éternellement sans tombe, sur qui peu de témoignages ont été rapportés, notons quelques hommages qu’il lui a été rendu par d’illustres personnalités.
Très discret et modeste Kacem n’aimait pas trop se mettre en avant. Mais il n’est surement pas normal qu’un tel martyr ne soit pas honoré comme il se doit, eu égard à son incommensurable apport au combat de libération nationale.

Contribution : H.Loualiche