R.L.

Un guide, visant à consolider les dispositifs de lutte contre  les violences à l’égard des femmes a été élaboré au profit des acteurs de la prise en charge des victimes, a-t-on appris dimanche à Oran, d’un représentant de l’Agence Nationale de Développement Social (ADS).

« Il s’agit d’un ouvrage pratique uniformisé, mettant en relief les aspects juridiques et psychologiques relatifs à la prise en charge des femmes victimes de violence », a précisé Ali Bouteldja, lors d’une rencontre organisée par l’association socioculturelle locale « Chougrani ».

Le guide a été élaboré et sera prochainement publié, a-t-il fait savoir, rappelant que cette initiative entre dans le cadre d’une convention conclue entre l’ADS et l’association « Chougrani » en janvier 2017 pour une durée de 02 années. »Le renforcement des capacités des cadres des structures de prise en charge des femmes en situation vulnérable constitue l’objectif majeur ciblé à travers cette publication », a souligné M. Bouteldja, également chargé des Cellules de Proximité de Solidarité (CPS) au niveau de l’antenne régionale de l’ADS à Mostaganem.

Ce responsable est aussi représentant de la Direction Générale de l’ADS au sein de la Commission de Suivi et d’Evaluation des actions menées au titre du partenariat de l’Agence avec l’association « Chougrani ».

Ce partenariat a en outre permis la mise en oeuvre d’une opération pilote au niveau du Centre National des Femmes Victimes de Violence, implanté à Mostaganem.

L’opération en question a consisté en la formation et insertion socio-professionnelle de jeunes pensionnaires de ce Centre par l’apprentissage d’une activité dédié à la prise en charge des personnes à mobilité réduite, a expliqué M. Bouteldja.Des ateliers thématiques, des caravanes de sensibilisation et une étude de terrain figurent parmi les autres actions initiées dans le cadre de ce même partenariat avec l’association « Chougrani ».

Un projet porté par cette association, intitulé « Aswat », a été présenté, lors de cette rencontre tenue à la salle de conférences du Théâtre Régional d’Oran, à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Initié dans le cadre de la coopération entre l’Algérie et l’Union Européenne, « Aswat » a permis à l’association « Chougrani » de contribuer à la  sensibilisation autour du phénomène considéré.

==  7061 cas enregistrés durant les 09 premiers mois de 2018

La commissaire de Police, chef du Bureau national de protection des catégories vulnérables ; Khouas Yasmine a fait état, de l’enregistrement de 7061 cas de violences faites aux femmes, lors des 09 premiers mois de 2018, contre 7.586 cas en 2017, soit un recul de 3,56%.

Intervenant au Forum de la Sûreté nationale à l’occasion de la célébration de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (25 novembre) et de la Journée internationale des droits de l’enfant (20 novembre) , Mme. Khouas a affirmé que « les cas de violences faites aux femmes ont connu une baisse, lors des 09 premiers mois de 2018 par rapport à la même période de 2017 », précisant que « les cas de violence, toutes formes confondues, recensés lors des 09 premiers mois de 2018 s’élevaient à 7.061 cas, contre 7.586 en 2017, soit une différence de -3,56% ».

Expliquant que les femmes sont victimes de différents types de violences, l’intervenante a relevé que « la violence physique est la forme la plus pratiquée contre les femmes au cours des 09 premiers mois de 2018, avec 5.150 femmes victimes contre 5272 cas enregistrés en 2017 ».

Les services de police ont recensé, d’autres types de violence, a ajouté Mme. Khouas soutenant que le nombre d’agressions sexuelles, s’élevait à 105 cas, contre 193 durant la même période de 2017.

S’agissant de la frange d’âge la plus exposée à la violence, la commissaire de Police a indiqué qu’il s’agissait des femmes âgées entre 26 et 35 ans, même représentation pour les agresseurs. Quant à la situation professionnelle, elle est « sans profession » pour la femme violentée, et « chômeur » ou journalier, pour l’agresseur.

Le niveau intellectuel pour l’agresseur et pour la victime est « moyen », selon les explications fournies par Mme Khouas.

Les services de police ont enregistré par ailleurs, une augmentation du taux de violence sur ascendants qui concerne la tranche d’âge de plus de 56 ans, a-t-elle soutenu.

La femme violentée retire souvent la plainte déposée contre l’agresseur, a indiqué Mme Khouas qui souligne, à ce égard, que la femme algérienne s’acquitte de tous les rôles et ne pense pas à son statut de victime, mais plutôt au regard porté par la société et la famille. D’après les statistiques, poursuit l’intervenante, 736 cas de femmes avaient, en 2017, retiré leurs plaintes déposées auprès des services de Police, contre 411 cas de femmes qui s’étaient désistées durant l’année en cours.

Mme Khouas a souligné que la DGSN s’est référée, dans sa vision de lutte contre la violence faite aux femmes, aux recommandations d’une conférence qui a abouti à 14 recommandations relatives au renforcement des capacités et des compétences professionnelles des cadres concernés par la prise en charge des catégories vulnérables et de la coordination avec tous les secteurs ministériels, la société civile, ainsi qu’avec les organisations européennes, aux fins de formation et de concrétisation de zéro violence à l’égard de la femme.

Pour ce faire, la DGSN s’emploie à lancer un programme dense en vue de consolider les capacités des cadres pour lutter contre les stéréotypes, changer les mentalités et améliorer  la prise en charge des catégories vulnérables et de la femme, en particulier.

Elle a également affirmé que la DGSN s’emploiera à la mise au point d’un guide, contenant les prestations destinées à la femme, dans tous les domaines, tant au plan religieux et sanitaire, que dans le domaine de l’information relative aux centres d’hébergement des femmes violentées, en sus d’information d’ordre juridique, (dépôt de plaintes ou introduction d’actions).

Pour sa part, le président de la Fondation Nationale de Promotion de la Santé et du Développement de la Recherche (FOREM), Mustapha Khiati a affirmé que sa fondation avait enregistré 10.000 cas de maltraitance à l’égard des enfants, au cours des dernières années, dont 2.000 à 3.000 cas d’agressions sexuelles, relevant à ce titre 80% de ces cas avaient été enregistrés au sein même de la famille.

Il a à ce propos, souligné qu’en dépit des efforts consentis par le gouvernement et de l’arsenal juridique, ayant été mobilisés en la matière, il n’en demeure pas moins que la violence demeure une réalité, relevant que la violence verbale, voire parlée à haute voix dans la rue, produit de nouveaux stéréotypes associés à la violence.

M. Khiati a également cité les droits de l’enfant à la santé et à l’enseignement, plaidant dans ce sens, pour la nécessité de traiter le phénomène de la déperdition scolaire des enfants âgés de moins de 16 ans.