L’Algérie est confrontée aux phénomènes de crues et d’inondations qui sont plus fréquents que les séismes. Ces phénomènes provoquent des catastrophes plus destructrices et occasionnent d’importants dégâts humains et matériels.
En mars dernier, les riverains du lotissement de l’Agence Foncière de Tlemcen (AFIT) de Bouhanak (commune de Mansourah), situé près des 400 logements, étaient en alerte en raison des inondations causées par les précipitations qui s’étaient abattues sur la région. Le quartier avait été complètement noyé par les eaux pluviales, les crues ayant été exceptionnelles cette année dans ce secteur. Les mouvements de terres et déblais entassés sur le sol qui recouvrent l’espace public, viennent contrarier le cycle naturel de l’eau et canalisent les ruissellements des crues pluviales qui envahissent rues et habitations. Le scénario des inondations se répète invariablement chaque année au niveau du grand Tlemcen et particulièrement dans les cités des Oliviers, Bel Horizon, Koudia, Boudghène, Makhokh, Kiffane, Abou-Techfine, Sidi-Saïd, Feddane Sbaa, Chetouane, ainsi que l’ancienne Médina. La plupart des trémies deviennent impraticables, voire dangereuses, à l’image de celle de Bab el Qarmadine (vers la zone industrielle), où plusieurs automobilistes auraient «laissé» leur véhicule.Les habitants de Feddane Sbaa sont hantés par un double spectre émanant de l’oued : la pollution et l’inondation. Les équipes de l’ONA et les services de la voierie municipaux doivent anticiper ce scénario catastrophe, en procédant au curage des avaloirs et nettoyage des artères et oueds pendant la saison estivale, avant la saison des pluies. Il faut souligner dans ce contexte, que le réseau d’assainissement de la wilaya de Tlemcen qui était de 1701 kilomètres en 2006, est passé à 1941 kilomètres en juin 2015.
Il faut signaler que des travaux de rénovation du réseau d’assainissement sont effectués actuellement par les services de l’ONA au niveau des quartiers de Bab El Hdid (rue Tidjani Damerdj) et Blass (rue Cd Djaber) ; on ne dispose pas de plan, mis à part des documents établis en 1980 par des experts polonais, selon une source de l’ONA.
A noter que la wilaya avait enregistré par le passé une multitude d’évènements liés aux inondations, dont les plus remarquables avaient été enregistrées au niveau des agglomérations de Bensekrane, Sebdou, Magoura, Ain-Ghoraba, Ghazaouet, Azail, et Tlemcen (Mechtekana).
Confrontés à un vrai dilemme, de nombreuses opérations d’aménagement et de recalibrage d’oueds et de cours d’eau ont été engagées au niveau de ces différentes agglomérations.
Lors de la visite de travail et d’inspection du ministre de l’Energie Mustapha Guitouni, accompagné du PDG de Sonatrach Abdelmoumen Ould Kaddour, effectuée mercredi dernier(12 septembre 2018), le cortège officiel a failli être bloqué par les crues à hauteur du village de Magoura(El Bouihi), à son retour du site GPDF au lieudit Kazdir(Naâma).
Il faut rappeler dans ce contexte qu’une journée d’étude dédiée aux risques majeurs avait été organisée en octobre 2014 au niveau de la Salle des Actes du Cabinet du wali ;présidée par le wali et impliquant les différents acteurs, en l’occurrence, l’APC, la daïra, la Protection civile, la Direction des Ressources en Eau, la DTP, la DSP, entre autres, la séance de travail avait été animée par M. Melizi Tahar, directeur de la délégation nationale de prévention des risques majeurs. Plan de prévention ou d’urgence, cartographie des zones à risque, schéma d’alerte de la population, cartographie des zones à risques, séismes, feux de forêt, incendies industriels, inondations, ruptures de barrage, aléas climatiques, étaient les «mots clés » de cette rencontre importante. Il convient de rappeler dans ce sillage, qu’en avril 2017, le wali avait donné le coup d’envoi de la première phase des travaux de protection de la localité rurale de Oued Zitoune (Sebra) contre les inondations. Le coût de cette opération est estimé à 20 millions de DA, dont 12 millions de DA en PCD pour des délais de réalisation de 06 mois. Il faut souligner que le village d’Oued Zitoune, situé sur un relief montagneux très accidenté, a été marqué ces dernières décennies par des inondations importantes.
Il faut savoir que 375 habitations sont construites sur des zones inondables à travers Tlemcen.Signalons que des pluies torrentielles se sont abattues dernièrement sur la région de Tlemcen(le dimanche 09 septembre 2018, le mercredi 12 septembre 2018 et le jeudi 13 septembre 2018). Sur le plan académique, plusieurs études sur le sujet ont été faites sous l’égide de l’Université « Abou Bekr Belkaïd » de Tlemcen à travers le département d’hydraulique(au titre de projets de fin d’étude) dont «Protection des villes contre les inondations : Cas du centre de Aïn Fezza-Tlemcen » (par Aïssa Madaoui Oussama et Aïssa Madaoui Rabie ; 2015-2016) ; « Etude de protection de la ville de Bensekrane (W. Tlemcen) contre les inondations» (par Nabila Benmechernane ; soutenance en juin 2013) ; « Problématique du risque inondation en milieu urbain : cas de l’agglomération de Sidi Bel Abbés »(par Bachi Mohamed ; soutenance en juillet 2011) ; «Evaluation de la performance des barrages de protection contre les inondations : Cas de la ville de Ghazaouet» (par Benmia Kouider ; soutenance en 2012) ; «Protection des agglomérations contre les inondations : Cas du centre d’El Gouassir(Beni Oursous, n.d.l.r) »( par Hachemi Soumia Manel ;date de publication juin 2015). Au fait, les responsables de l’exécutif et les élus (APC, Parlement et Sénat) sont-ils au fait de ces travaux de terrain? Les prennent-ils en considération dans leurs plans (POS, PDAU, plan d’urgence et de prévention en matière de risque majeurs) ou leurs interventions « citoyennes »? La construction de la passerelle entre l’université et l’Administration n’est pas pour demain.