Le phénomène de la «harga » tel que connu chez nous signifie directement traversée clandestine par mer, pour relier deux continents qui se font face depuis des millénaires, prendre le large à partir de la côte oranaise, témouchentoise, ou plus à l’Est, celle de Annaba ou d’El kala pour rejoindre les côtes espagnoles ? ou italiennes, reste l’une des plus dangereux périples que peut entreprendre un sportif de haut niveau avec tous les préparatifs que nécessite une telle traversée, sauf qu’en ce qui nous concerne, ce périple est loin d’être un exploit pour un éventuel record à battre et s’inscrire au livre du Guinness, ce sont des milliers de nos enfants sans moyens, ni aide particulières qui bravent depuis une vingtaine d’années, la Méditerranée pour rejoindre des horizons qu’ils jugent plus cléments pour l’accomplissement de leurs rêves, le plus souvent brisés par une disparitions dans les fonds marins de la Grande Bleue.
Plus que jamais, le grand phénomène de ces dernières décennies est bien réel et bien là, et plus que jamais, ce phénomène de « harraga» nous interpelle et interpelle les consciences de toute la société, nos enfants meurent tous les jours, mais la perte de ces enfants est tombée dans la banalité la plus abjecte, la société tourne le dos, les médias en font un simple fait divers, les autorités et les pouvoirs publics à toutes les échelles, n’en parlent même pas rendant le sujet tabou, les sociologues et l’ensemble de la communauté savante font honte à leur serments et à leurs devoirs de guides de la société et ce n’est pas là, leur première fuite en avant, mais l’histoire retiendra.
Pour les seuls derniers mois d’aout et septembre, des départs clandestins à partir des côtes oranaises vers les rives espagnoles sont quasi-quotidiens et ce ne sont pas les chiffres officiels qui le disent, mais la rue oranaise à travers tous ses quartiers sans exception aucune. La triste réalité, ce sont nos jeunes des quartiers qui vous l’a donnent et cela donne froid dans le dos. Pour peu qu’on les entende, ces jeunes vous confirment que les départs sont organisés tous les soirs, ils connaissent les passeurs et les montants qu’ils exigent pour tout candidat à la traversée, mais étrangement, tous les moyens des services sécuritaires n’y voient que du feu, selon certains jeunes : «les horaires de passages seraient même négociés.» Le réseau social facebook, est un véritable moyen de communication et les harragas l’utilisent parfaitement, comme ces derniers jours, la parution de multiples vidéos de jeunes Oranais, arrivant sur les plages espagnoles se filmant en direct, pour annoncer à leur proches et à leurs amis, leur arrivée et la fin d’une traversée extrêmement périlleuse.
Alors combien faut-il encore de jeunes Algériens noyés, pour qu’enfin on daigne prendre les mesures qu’il faut ? Combien faut-il de jeunes engloutis sous les eaux, pour qu’enfin, les peines encourues par les passeurs soient effectivement dissuasives ?
Car pour l’heure, ces criminels jouissent d’une impunité incompréhensible.