C’est à l’invitation de la librairie Alili et en collaboration avec l’ordre des chirurgiens-dentistes(dont le président le Dr Reffas Driss , par ailleurs écrivain, SG de l’Académie africaine de la Paix, est un ami de l’écrivain, n.d.l.r) que Yasmina Khadra a présenté et dédicacé ce dimanche après-midi(26 août 2018) son dernier roman titré « Khalil »( édité chez Julliard/Groupe Robert Laffont le 16 août 2018 ,164 pages, et coédité le 25 août 2018 à Alger par les éditions Casbah). Cette rencontre littéraire avec le public tlemcénien s’est déroulée dans la salle de conférence de l’hôtel Grand Bassin (Lachachi) sis au quartier Beauséjour. La salle était archicomble ; certains ont dû rester debout, d’autres n’ont pu accéder à la salle. Un espace était réservé à la vente des livres de Yasmina Khadra ; on se les arrachait avant le début de la séance de vente-dédicace. Nous avions rencontré incidemment un handicapé moteur, un fan de cet écrivain, était attablé à la buvette du jardin public, voisin de l’hôtel. En apprenant la nouvelle, il ne manqua pas d’exprimer sa frustration de ne pas pouvoir assister à cette rencontre pour cause d’inaccessibilité de sa voiturette électrique, faute de rampe aménagée à cet effet au niveau de cet établissement hôtelier. Nous avons abordé Yasmina Khadra avant son entrée dans la salle.

Khalil est une plongée vertigineuse dans l’esprit d’un kamikaze…moi, j’ai essayé de me mettre dans sa tête pour que le lecteur lui-même intègre ce personnage et comprenne pourquoi il est devenu un terroriste…

Pourquoi ce roman « Khalil » ? « C’est une réponse à la psychose qui règne dans le monde occidental, la psychose qui fait croire que tout musulman est un terroriste potentiel ; moi , j’ai essayé de les aider à mieux comprendre ce que c’est un être humain, et un être humain, il peut très bien être l’otage de ses frustrations comme il peut être le support de tous les espoirs ; beaucoup de romanciers se sont intéressés à ce sujet, mais ils sont restés à la périphérie du problème ; ils s’attardent sur la violence, mais ils ne s’attardent pas sur celui qui délivre la violence, moi, j’ai essayé, à travers « Khalil », de me mettre dans la tête d’un terroriste pour que le lecteur lui-même intègre ce personnage et comprenne pourquoi il est devenu un terroriste…Le problème des autres écrivains, c’est qu’ils n’arrêtent pas de dénigrer, de fustiger, de condamner ; moi , j’essaie de faire appel à la raison ; pour solutionner un problème, il faut d’abord le comprendre, ils n’ont jamais eu le temps de le comprendre, ils le subissent et ils réagissent en fonction de la douleur que ce phénomène leur inflige… », dira-t-il en substance à ce sujet. A la question de savoir s’il espère voir son roman porté à l’écran, notre interlocuteur nous répondra : « J’ai beaucoup d’adaptions que j’ai refusés comme « Qu’attendent les singes », « Les anges meurent de leurs blessures », « La dernière nuit du Raïs »… ; je n’ai pas confiance dans les réalisateurs qui m’avaient contacté ; il faut savoir qu’avant même de publier un scénario, il faudrait d’abord l’achat des droits par un producteur ou un réalisateur…Pour le cas de « Qu’attendent les singes », c’était un algérien qui a été primé aux Etats-Unis, mais quand j’ai vu son travail, je me suis dit qu’il n’aura pas le courage de le faire… ». Quant au choix du prénom « Khalil » (titre de son roman) pour le kamikaze, l’écrivain soulignera que « c’est en référence à Sidna Ibrahim , sauf que le monde a changé, quand quelqu’un devient un saint , c’est pour le salut des êtres humains, alors que ces gens-là sont devenus des saints pour le malheur de l’humanité, donc ils ont choisi de s’engager, de s’investir dans la religion non pas pour sauver l’homme mais pour le détruire… ». Digression, conjoncture politique oblige, par rapport à l’épisode malheureux de 2014 marqué par sa candidature aux présidentielles qui lui valut son dégommage du poste de directeur du CCA de Paris : « Je me suis porté candidat par amour pour mon pays, je l’ai fait par conviction ;c’est une chose non renouvelable, lamentez-vous maintenant, voyez maintenant ceux qui vous dirigent… », a-t-il expliqué…Arborant une chemise blanche et un pantalon noir, Yasmina Khadra, en compagnie de sa femme, sera accueilli dans la salle par un standing ovation ; la gent féminine était en force. Après la présentation d’usage faite par Tariq Alili, gérant de la librairie éponyme, Yasmina Khadra fera une petite intervention avant de se prêter d’emblée aux questions de l’assistance. « Je suis fier de porter à l’étranger l’image de l’Algérie, le talent n’a pas de clan et j’espère ne pas avoir triché, car au Sahara, quand on perd la face, c’est irréversible, et au sein de l’armée, l’excellence ne suffit pas, il faut être exceptionnel », dira l’orateur. Et de souligner : « Je voulais être mon rêve ».Quant au débat qui s’ensuivra, il tournera autour de questions aussi passionnées que passionnantes, se rapportant à la thématique du terrorisme, la trame de « L’Attentat », l’exil, l’Union des écrivain algériens, le prix Nobel, les détracteurs, le message de « Khalil », le roman et la nouvelle…Invité à s’exprimer sur le choléra qui sévit en Algérie, Yasmina Khadra lâchera : « C’est une catastrophe, ceci dénote de la faillite de l’Etat ; je suis très en colère, je souhaite que cette épidémie ne se transforme pas en pandémie ». Au sujet de la définition du roman(cier), il considère qu’il est « la synthèse de tous écrivains (algériens francophones) qu’il a lus ». Et d’ajouter : « Pour avancer dans la littérature, il faut savoir aimer ». Dans ce sillage, l’écrivain confiera que « le meilleur prix est le regard de ceux qui me lisent », en précisant que le roman « L’Attentat » représente son plus grand succès planétaire.Réagissant à la coïncidence entre la sortie de son livre « Khalili » et la célébration de l’Aïd El Kébir, l’auteur de « Les agneaux du Seigneur » appelle à « arrêter le massacre des animaux » et propose de « sacrifier symboliquement un mouton par wilaya ». A noter que le livre « Khalil » de Yasmina Khadra, dont les œuvres sont traduites dans plus de 50 pays, est sorti déjà dans quatre pays, à savoir la France, l’Espagne, l’Italie et la Pologne.

L’air est encore doux pour un soir d’hiver. Tandis que les Bleus électrisent le stade de France…une ceinture d’explosifs autour
de la taille, Khalil attend le moment
de passer à l’acte

S’agissant de la thématique du roman « Khalil », ce nouveau livre qui s’ouvre, en guise d’introduction, sur une citation : «Pour accéder à la postérité, nul besoin d’être un héros ou un génie, il suffit de planter un arbre.», traite de la question du terrorisme, plus précisément des attentats qui ont endeuillé Paris le vendredi 13 novembre 2015. Voici pour ce qui est du synopsis : «L’air est encore doux pour un soir d’hiver. Tandis que les Bleus électrisent le stade de France, aux terrasses des brasseries, on trinque aux retrouvailles et aux rencontres heureuses.
Une ceinture d’explosifs autour de la taille, Khalil attend le moment de passer à l’acte. Il fait partie du commando qui s’apprête à ensanglanter la capitale.
Qui est Khalil ? Comment en est-il arrivé là ? Dans son nouveau roman, Yasmina Khadra nous livre une approche du terrorisme inédite, d’un réalisme et d’une justesse époustouflants, une plongée vertigineuse dans l’esprit d’un kamikaze qu’il suit à la trace jusque dans ses derniers retranchements pour nous éveiller à notre époque suspendue entre la fragile lucidité de la conscience et l’intenable brutalité de la folie».
Il faut savoir que Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohamed Moulessehoul, est né le 10 janvier 1955 à Kenadsa (Béchar).
Il est le fils d’un officier de l’ALN blessé en 1958 qui l’envoie dès l’âge de neuf ans à l’Ecole des cadets de Tlemcen abritée par la citadelle du Mechouar (ex-caserne militaire coloniale), qui a ouvert ses portes en 1964. Il y fait sa scolarité primaire sous le N°53.A ce titre, il raconte son passage ou plutôt son passé au Mechouar dans un livre de poche intitulé « Une enfance algérienne » (paru aux éditions Julliard Paris 2001).
Il fait un portrait de toute l’équipe d’encadrement, comme l’adjudant Bahous, le lieutenant Midas, Mohtari, Tofali, Issat Rachid et même le capitaine Abbès Ghziel(qui sera promu par la suite au grade de général, commandant de la gendarmerie nationale, n.d.l.r), et autres civils assimilés tels Bendahmane Benchikh qui a dirigé d’ une poigne de fer cette école pendant de longues années ainsi que Omar Baba Ahmed…Cette réussite dans ses études primaire lui permit de rejoindre l’école des Cadets de Koléa qu’il surnomme l’Ile de Koléa où notre « gamin » s’extériorisa et commença à griffonner sur du papier des nouvelles telles « La vipère » parue sur le journal de l’école, puis le manuscrit « La dépouille »(qui devait être éditée par la revue Promesse dirigée par Malek Haddad).
Cette passion éditoriale ne manquera pas de lui valoir des déboires et lui attirer des ennuis de la part de l’encadrement militaire de ladite école. Enfin, il convient de rappeler que l’enfant prodigue du Mechouar est revenu deux fois à Tlemcen avant ce 26 août 2018 : lors de la décennie noire, le Commandant Moulssehoul des forces spéciales survola le Mechouar avec son hélicoptère, selon ses dires, alors que le 24 avril 2012, à l’invitation de l’Institut français de Tlemcen, Yasmina Khadra y dédicacera son livre «Les chants des cannibales», un recueil de douze nouvelles publié chez Casbah Editions.