En ce jeudi caniculaire du 26 juillet 2018, la plage de Siga, relevant de la commune de Oulhaça (daïra de Oulhaça dont le chef-lieu est situé à 25 km à l’ouest de Béni-saf), grouille de monde. La couleur «officielle» est ostensiblement annoncée en arabe sur un panneau à l’entrée de Siga, à quelques encablures de l’inévitable parking : «L’accès à la plage est gratuit.» Les parasols sont littéralement collés les uns aux autres et on a du mal à se frayer un passage pour atteindre le bord de la mer. Le thermomètre affiche 33°C ; la mer est calme, «tabla» comme on dit, propice à baignade, la détente et le farniente.
Le parking communal (sous gérance) et celui du complexe Syphax (privé), dont le droit de stationnement, ou plutôt d’accès à la plage est fixé à… 150 DA (avec la mention «La direction décline toute responsabilité en cas de perte ou de vol), sont bondés de véhicules (estimés à un millier), notamment de bus, autocars et autres fourgons, immatriculés 13, 46, 31, 08, 15, 16 ainsi, que de voitures en provenance de France.
Outre les estivants de passage, les vacanciers séjournant à Siga-village (dans des résidences d’hébergement nouvellement érigées, des maisons louées, voire des logements sociaux sous-loués), au complexe Syphax (bungalows haut standing) «boostent» ce rush même si le camp familial Naftal (pouvant accueillir 30 familles) est fermé.
Un taux de fréquentation record, avoisinant quelque 8.000 estivants/j. A ce rythme, la plage de Siga ne tardera pas de s’ériger en pôle touristique, de revendiquer le prestigieux titre de station balnéaire, en rivalisant avec la populaire Marsat Ben M’hidi, d’autant qu’elle jouit d’un atout touristique, d’une curiosité naturelle qu’est l’île de Rachgoun, communément appelée «Leïla», étoffée de 02 plages d’appoint que sont Zouanif et Ouardania et encadrée majestueusement de 02 complexes (Nabil et Syphax). C’est dans cette perspective qu’un vacancier de Sidi Bel-Abbés, un mordu de la pêche, suggère la construction d’un port de plaisance (quai d’accostage), en cogérance en contrebas du complexe Syphax (qui, lui, possède déjà son «embarcadère» jugé au-dessous des normes), d’autant que le «garage sauvage d’embarcation sur la plage serait interdit par arrêté du wali (une mesure motivée vraisemblablement par le phénomène rampant de l’émigration clandestine). A signaler la réalisation en 2013 d’une base nautique à proximité du poste de la Gendarmerie, sous l’égide de la ligue de voile de Aïn Témouchent.

Un potentiel à exploiter

Il faut souligner que le village abrite une cité de 02 bâtiments, dont les logements ont été attribués au titre du social avec tout le risque de transaction spéculative (sous-location) à la faveur de leur proximité de la plage, alors qu’il aurait été judicieux de les exploiter dans le cadre de la promotion de la ZET, un avis partagé par un ex- directeur des Domaines qui était en villégiature dans cette station balnéaire. Le drapeau de sécurité arbore fièrement ce jour-là sa couleur verte, une invite à la baignade et aux jeux nautiques «soft». Pas l’ombre d’un jet ski. Et pour cause. Ce genre d’engin marin est interdit de circuler en mer à Siga, selon le chef de poste de la Gendarmerie nationale. Des jeunes font du canoë kayak, d’autres nagent avec une planche à surf. Exit la vieille mais non pittoresque chambre à air noire des poids lourds, un accessoire de plage pneumatique de fortune des années 60 qui faisait la joie des enfants et des familles dans l’eau.Pas âme qui vive dans la mer, du sport de la voile ; mais qui a parlé de ligue au sein de la base nautique de Siga ? Un canot à moteur de plaisance, en maraudage, est en quête de quelque estivant intéressé par une virée en mer (pour 500 DA). Certains préfèrent le contact chaud du sable fin et les caresses du soleil sur la peau, tentés par le bronzage. C’est le menu «éco» des estivants sédentaires. Une métamorphose «phonique» est intervenue sur nos plages : la disparition forcée des postes-cassettes et leur crédo de décibels incommodants, supplantés par les «discrets» et intimes Smartphones et autres tablettes numériques. Ces NTIC ont par ailleurs poussé au chômage forcé le typique photographe qui proposait des photos minute séance tenante. Disparition également du décor du vendeur de journaux à la criée, incursion de la 4G oblige. Les baffles «branchés» au kiosque du plagiste du coin, la cafétéria dudit complexe et le fast-food situé derrière les 02 postes de la Protection civile et de la Gendarmerie Nationale, sont mis en sourdine, sevrés ainsi de décibels.

L’attraction des jeunes et des commerçants

Entre le crédo du business et la rigueur de la règlementation, le cœur des commerçants doit «raisonnablement» balancer. Nonobstant, une autre pollution, celle-là de l’air (marin, en l’occurrence), a fait son apparition; il s’agit de la fumée «tabagique» des narguilés, appelés communément «chicha ».
«On n’a pas reçu une note spécifiant l’interdiction de cet appareil ; ceci dit, on intervient juste pour sensibiliser le fumeur en lui demandant de s’isoler, pour ne pas incommoder les familles,» nous expliquera le chef de poste de la marée chaussée. Des jeunes jouent une partie de foot, sans déranger outre mesure les estivants. Des espaces devraient néanmoins être réservés aux jeux qui pourraient à défaut, être autorisés une fois la plage «libérée». Un enfant joue avec un cerf-volant, un spectacle devenu rare, à l’ère des drones. A propos de navigation aérienne, pourquoi les aéroclubs ne sont pas sollicités à la faveur de la saison estivale pour diffuser, via leur petit avion, des informations culturelles, éducatives, artistiques ou publicitaires, à l’intention des estivants ? La plage est sillonnée par les marchands ambulants, originaires notamment du Sud, portant un ensemble traditionnel saharien et coiffés de chèche : « latay skhoun ! kaw kaw !» (30 DA), lancent-ils à la criée, aux côtés de leurs pairs locaux qui crient « Aya li bigni !» (40 DA), « M’hadj ebskhounine !» (50 DA).Une petite fille, haute comme trois pommes, portant un chapeau de paille, habitant le village tout proche de Rachgoun, se fraie un chemin entre les parasols et propose timidement des galettes de « matlou’» (50ans).Pour notre part, nous n’avons pu résister à la tentation en flattant nos papilles gustatives avec ce pain délicieux, fruit du terroir culinaire ancestral de la région berbère de Oulhaça. Berceau de Tariq Ibn Ziad, le conquérant de l’Andalousie. Le soir, qui visite le complexe Syphax (entrée libre) et son site pittoresque, qui préfère arpenter le boulevard de Rachgoun «by night», surtout les jeunes, et déguster des crèmes glacées ou faire des rencontres idylliques. En matière de commodités, il est mis à la disposition des estivants un bloc de toilettes pour hommes et femmes (WC payants, soit 50 DA l’entrée) et des douches publiques (80 DA). Des poubelles, version bacs «Net» sont posées au niveau de la plage.

Des carences à pallier

En revanche, les vestiaires (cabines de déshabillage) font défaut, au grand dam des estivants respectables; ce qui pousse certains baigneurs à se changer au niveau du parking, ou devant les «cabanons», n’ayant cure de la pudeur, ni des résidents, ni des passants. Un propriétaire d’une résidence estivale, un ancien maître-nageur reconverti dans le commerce, a eu plusieurs fois des altercations à ce sujet, outre le jet d’ordures et le stationnement «interdit» (pour éviter le parking payant). Ceci côté cour. Côté jardin, c’est-à-dire la sécurité, il y a lieu de signaler que la surveillance de la baignade est assurée par une équipe composée de 10 agents saisonniers encadrés par 02 professionnels, dont un chef de poste et son adjoint. A noter que ces maîtres-nageurs sont astreints à un service rigoureux (de 07h du matin jusqu’à 20h). A propos, pourquoi la DGPC n’organiserait-t-elle pas un concours pour le recrutement de surveillantes de baignade femmes (excusez le pléonasme) à l’instar de la Douane, la Police, l’Armée, pour des raisons justement culturelles (intimité en matière de sauvetage de victime de sexe féminin) et pédagogiques (initiation d’enfants à la baignade) ? Par rapport aux équipements de secours, un mégaphone ne serait pas inutile en cas de «recherche dans l’intérêt des familles», en l’occurrence un enfant égaré. A ce titre, des bracelets-montres signalétiques (portant le prénom de l’enfant et le numéro du portable du père ou de la mère) devraient mis en vente dans le commerce. A noter dans ce contexte que la voie d’accès (sur mer) du chantier de réalisation d’une unité d’aquaculture (projet d’ailleurs abandonné) constitue un danger pour les estivants pour cause de pose de rochers.
Deux accidents mortels auraient été enregistrés sur ce site, qui était néanmoins signalé par une plaque (disparue) comme étant une zone à risque. Cette «jetée» représente, par ailleurs, une frontière «préfabriquée» entre la plage de Rachgoun et celle de Siga. Signalons dans ce contexte, qu’une noyade a été enregistrée au début de la saison estivale du côté des rochers(complexe Syphax) ; il s’agit d’une femme âgée de 33 ans, selon un surveillant de baignade. Le poste de surveillance a enregistré depuis le 1er juin 2018, pas moins de 260 interventions et 10 cas de baigneurs sauvés d’une noyade réelle.Toujours au registre sécurité, des gendarmes veillent au grain, s’assurant de la quiétude des estivants et des riverains. Vers 20Heures, un accident et un incident surviennent sous nos yeux, quasiment en même temps : alors que les surveillants de baignade étaient en train de porter secours à un baigneur, âgé de 23 ans, militaire de son état, qui allait se noyer, les gendarmes interpellaient manu militari un estivant qui venait de commettre un vol de portable, profitant a priori de la «diversion » provoquée par la scène de sauvetage du noyé.

Un lieu chargé d’histoire

Le phare est bâti sur l’Île de Rachgoun au nord-ouest de Beni- Saf ; il fut construit en 1870. On y accède à l’aide d’une embarcation. Construit sur la falaise à la partie nord de l’île, c’est une tour carrée en maçonnerie de 18,9 m de hauteur avec à son pied un bâtiment qui sert de logement aux gardiens.
Au sud dans l’enceinte du phare, des annexes pour les locaux techniques. Le phare culmine à 84,4 m au dessus du niveau de la mer. L’éclairage est assuré par un feu de couleur rouge à 02 éclats en 10 secondes de 20 milles nautiques, soit 37 km environ. Les feux sont de couleur, lorsque le secteur maritime présente des dangers potentiels. Il est alimenté en électricité par une batterie de panneaux solaires. Visible depuis le rivage, le phare qui découpe l’horizon de ses 15 mètres de hauteur est encore utilisé pour orienter la navigation des bateaux, transitant dans cette partie du golfe de Ghazaouet. Lorsqu’il fait beau temps, ses 02 flashs de lumière rouge culminant à 81 mètres au-dessus du niveau de la mer, peuvent être aperçus jusqu’à 16 miles marins (29 km), selon les données de l’Office National des Signalisations Maritimes (ONSM).Dans cet espace de paix que recherchent les espèces fragiles peuplant la Méditerranée, on rapporte que certains avaient pu admirer des phoques moines et même un dauphin de Risso dans les alentours de l’île.
A noter que la région de Oulhaça s’est distinguée par une série de tentatives d’émigration clandestine (arrestation en août 2006 de 11 harragas sur la plage d’El-Ouardania et hedda réussie de 10 autres en décembre 2007 à partir de la plage de Zouanif).
Cachez-moi, au passage, cette hideuse «cascade» que je ne saurais voir. A mentionner que le complexe Syphax exploite, par voie de pompage, l’eau de mer pour alimenter sa piscine, avant de la déverser (étant «usée») à ciel ouvert et directement sur la falaise surplombant la plage, faussant le décor féerique du paysage. De grâce, ne scions pas la branche (de l’arbre) sur laquelle on est assis…Un peu d’histoire. Siga fut avec Cirta l’une des deux cités principales du royaume Ma-saesyle de Syphax, dont l’autorité s’étendait entre l’Oued Moulouya (Maroc) et l’Oued El-Kabir (région de Annaba). Rachgoun, qui fut le port de Tlemcen, était dans l’antiquité celui de Siga (Portus Sigensis). On y voit encore quelques ruines sur la rive gauche de la Tafna, plus au sud, à proximité du premier pont qui traverse l’oued (à propos de vestiges, le complexe Nabil de Madrid aurait eu des problèmes suite à la construction «non édificandi» d’une piscine haut standing, n.d.l.r).
D’où vient le nom Siga ?

Le nom de Siga est retrouvé au VIIème siècle avec Archgoul (aujourd’hui appelée communément Rachgoun), antique Siga qui reprend vie avec la reconstruction de la cité Idrisside sur les ruines de l’ancienne cité romaine de Siga, dont l’emplacement avait été choisi pour son importance stratégique et pour la richesse en céréales de la campagne alentour, prouvent que la présence romaine dans la région a été profonde. Siga devait être une ville considérable, puisqu’on lui attribue une population de plus de 30.000 habitants. Témoin d’un passé lointain, l’île de Rachgoun, un ancien poste de commandement de Scipion, le roi maure, l’ennemi juré de Syphax roi de Siga compte parmi les 04 sites classés au patrimoine culturel et historique de la wilaya de Aïn Témouchent. S’étendant sur une vingtaine d’hectares, que l’on pourrait presque atteindre à la nage, elle n’a toujours pas révélé tous les vestiges qu’elle conserve jalousement. Les historiens et archéologues font remonter la présence de l’homme sur ce promontoire rocheux à la préhistoire. Ils situent l’établissement des Phéniciens, au VIIème siècle av. JC, attestant leur datation par des céramiques retrouvées sur ces lieux antiques et méconnus de la population.
C’est le cas aussi du site classé (en 2008) de Siga, la capitale de l’immense royaume nord-africain sur lequel régna Syphax au IVe siècle av. JC.
A en croire les recherches effectuées par l’association Bouhmidi, l’île de Rachgoun, située à 02 km au nord de la côte était habitée par des Berbères en 650 av. JC. On y retrouve les vestiges d’une garnison, un réceptacle à eau et le port qui servira aux corsaires durant le XIème siècle ainsi qu’au transit, plus tard, des bateaux d’armements destinés à la résistance de l’Emir Abdelkader. Avant la construction du phare en 1870 (un autre phare désaffecté juché sur une colline domine le village de Siga) et l’installation d’un casernement français, les Espagnols s’y étaient implantés avec 2.000 hommes.
Une nécropole comptant 114 tombes, situées à proximité du phare, aurait dévoilé «un véritable trésor archéologique.»