La culture cherche sa place à Oran

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Un festival international pour des salles de cinéma fermées
A chaque annonce du Festival international d’Oran du Film Arabe (FIOFA), prévu cette année le 26 de ce mois de juillet en cours, une frustration s’empare de ceux qu’on qualifiait de cinéphiles, c’est-à-dire ces amoureux du cinéma et du grand écran avec ses échos, ses décoration feutrées et un son que l’on ne ressent nulle part ailleurs que dans une salle de cinéma. Certes, organiser un Festival International du Film Arabe à Oran, reste une bonne chose, mais comment peut-on éviter de faire un lien, entre un festival dédié aux films, alors que toutes les salles de cinéma sont fermées ou détournées de leur vocation principale ?
A titre de rappel, on se réfèrera aux déclarations de l’actuel ministre de la Culture Azzeddine Mihoubi en visite à Oran en 2015, à l’occasion des préparatifs du Festival du Film Arabe d’Oran, une déclaration en particulier avait suscité l’attention des présents, lorsque le ministre reviendra sur le fait que : «que sur les 400 salles de cinéma que compte l’Algérie, 95 % sont fermées et non exploitées ! » Sachant que sur les 05% restants, seule la Capitale bénéficie de salles de cinéma ouvertes et en exploitation.
Si à Oran, l’activité a repris le dessus par le Théâtre Régional en grande partie, grâce a son directeur Mourad Senouci qui a su redonner un second souffle, en ouvrant les portes de cette institution à l’architecture inégalable, ce n’est guère le cas des salles de cinéma tombées dans la décrépitude.


Et pourtant, la ville d’Oran était connue pour ses très nombreuses salles de quartier qui faisaient la joie des petits et grands cinéphiles avec un grand choix de films et de distribution d’acteurs que l’on se remémore jusqu’au jour d‘aujourd’hui. Actuellement, une seule salle « El Murdjajo », connaît une activité de diffusion de films récents, et ce, grâce à un particulier qui a su et pu faire revenir cette nouvelle génération devant le grand écran, en projetant les derniers films au box-office.
Le Festival International d’Oran du Film Arabe a permis toutefois, la réfection et la modernisation de trois salles de cinéma (« Maghreb », « Saada » et la cinémathèque d’Oran), mais est-ce-suffisant ?
En coulisses, certaines indiscrétions relient la fermeture des salles de cinéma et leur état de dégradation et d’abandon à une guerre que se livrent à ce jour, ministère de la Culture, l’Office National de la Culture et de l’Information (ONCI), et à degrés moindre l’ARC, Agence Algérienne pour le Rayonnement Culturel, l’APC d’Oran autant que la Direction de la Culture d’Oran, n’ayant aucun poids, ni avis à donner concernant la réouverture des salles de cinéma à Oran.
Pour les nostalgiques, il est utile de rappeler que durant les années 70 et 80, les salles de cinéma étaient la fierté de toute une ville, de toute une jeunesse. Chaque semaine, il y avait du nouveau. Toujours un film à succès au programme. En 1962, on ne comptait pas moins de 52 salles de cinéma à Oran, aujourd’hui, leur nombre ne dépasse pas les doigts d’une seule main. La majeure partie des salles de cinéma de la ville d’Oran croupit sous des tas d’ordures. Le Rex, à l’avenue de Tlemcen, est à jamais irrécupérable. La salle Marhaba (ex-Escurial) fait pitié à voir, tant son hall est jonché d’ordures. A la rue Mostaganem, la salle de cinéma le Tivoli a été rasée en 2011, avant de se transformer en antenne administrative. En plein centre-ville, la salle Georges V, tombe en ruines. Une grande partie de ces salles qui ont été cédées en concession par l’APC d’Oran, ont été carrément détournées de leur vocations initiales. Cependant, il y a lieu de saluer l’initiative des responsables de la salle Murdjadjo qui ont réussi à réhabiliter l’une des plus belles salles d’Oran. Un exemple à suivre en ces temps de vaches maigres, où le cinéma n’est présent que l’espace d’un festival.

La réception du Palais de la Culture remise

aux calendes grecques

Constatant que la ville d’Oran s’ouvre de plus en plus sur le bassin méditerranéen, des artistes oranais ont déploré le fait que l’infrastructure symbole du secteur soit restée l’otage de procédures administratives qui ont fait que les travaux de restauration de l’ex-maison du Colon demeurent allongés d’année en année. Ces artistes sollicitent l’intervention du wali d’Oran, afin de débloquer la situation, afin qu’ils puissent bénéficier de ce joyau architectural. Certains ont même appelé à observer un sit-in symbolique devant le Palais « Zeddour Brahim».
Cette mythique infrastructure de Karguentah n’a toujours pas été livrée et le projet de lifting s’éternise encore plus. Pourtant, après la fin des travaux de confortement du Palais de la Culture en 2017, tout portait à croire que le bout du tunnel est proche, mais voilà que cette date est une nouvelle fois ajournée, au grand dam des Oranais et des artistes de la wilaya en particulier. Cet édifice pouvait servir à relancer la «vie culturelle » dans une ville devenue l’attraction des cinéphiles arabes, grâce à son festival, qui est d’ailleurs l’unique du genre, ne mettant en compétition que les œuvres artistiques arabes. Côté touristique, son emplacement en plein cœur du centre-ville, dans un carrefour très emprunté, aidera à faire la promotion d’une ville qui se modernise, sans pour autant négliger son passé. Il faut dire que certaines infrastructures qui ont été ressuscitées, à l’instar de l’ex-Prisunic et l’actuel Musée d’Art Moderne (MAMO) qui renaît de ces cendres après 02 décennies d’abandon, ont donné un nouveau souffle au secteur de la Culture à El Bahia, d’où le souhait des artistes oranais devoir leur Palais de Culture rouvert, pour consolider les efforts fournis par le Théâtre « Abdelkader Alloula» et les salles de cinéma Le Maghreb et Es-Saâda entre autres.
Lancés en 2009, les travaux du palais baptisé « Zeddour Brahim » ont connu plusieurs entraves, qui ont fait que les 04 mois annoncés à l’époque, pour la réception du projet, se sont allongés à…08 longues années. Un triste sort pour ce joyau, datant de l’ère coloniale. L’opération de réhabilitation qui a coûté une dizaine de milliards porte sur la rénovation des différentes parties du bâtiment, notamment les salles de conférence et d’exposition, la bibliothèque, la cafétéria et les ateliers d’activités culturelles et d’informatique entre autres.
De nombreuses modifications ont été introduites sur cet espace culturel, notamment l’agrandissement de la salle des lectures et sa transformation en véritable bibliothèque, ainsi que la création de galeries d’exposition. La grande salle des actes a été également touchée par cette opération redimensionnée pour accueillir 620 personnes. L’opération vise aussi à doter d’une nouvelle salle en 3ème étage, pour accueillir 200 places qui sera réservée à des manifestations culturelles ordinaires. Le programme de rénovation de l’ex-Maison du Colon, dont la construction remonte aux années 1920 et qui faisait fonction de Maison de l’Agriculture reconvertie en Palais de la Culture à partir de 1990.

A quand la réouverture des Arènes d’Eckmühl au public ?

Annoncée à la fin du mois de juin dernier, la date de réouverture des mythiques Arènes d’Oran (communément appelées Toro) a été au bout du compte ajournée. Les Oranais notamment la nouvelle génération devront attendre encore pour voir ce joyau accessible. Situées à Eckmühl, Les Arènes, un joyau architectural réalisé au début du XXe siècle, sont restées fermées au public pendant des décennies. Ce site historique unique en Algérie était dédié à l’origine à l’accueil de courses de taureaux, l’influence culturelle hispanique étant vivace dans l’Ouest du pays. D’un diamètre de 210 mètres, d’une superficie de près de 5.000 m2, elles peuvent accueillir 10.000 spectateurs.
Ces Arènes, qui ont fait l’objet de travaux de restauration et de réhabilitation qui ont duré 09 ans, devaient être rouvertes au grand public au mois de juin dernier. La gestion de cette infrastructure qui sera reconvertie en un espace culturel, a été accordée à l’entreprise qui gère le parc d’attraction d’El Hamri, et son directeur Abderrahmane Belabbès, Les différentes Directions de la wilaya d’Oran (Culture, Education, Sports, Action Sociale, Office National de Gestion et d’Exploitation des Biens Culturels Protégés…) sont mises à contribution pour élaborer le programme d’activités et de manifestations qu’accueillera ce site. Les Arènes d’Oran ont été le théâtre de plusieurs spectacles de tauromachie à l’époque coloniale, animés par des matadors célèbres. Elles ont accueilli de nombreuses manifestations culturelles, artistiques et sportives. Jusqu’à sa fermeture en 2009 en raison des travaux de réhabilitation, ce site abritait les bureaux administratifs de l’Office Communal des Sports, d’associations sportives et servait de dépôt pour les Douanes. Les Arènes d’Oran abriteront certainement surtout des manifestations sportives, car la proximité de la mosquée Emir-Khaled risque de desservir leur vocation culturelle. Un programme grandiose est prévu pour l’inauguration des arènes dans leur nouvelle vocation culturelle, annonce-t-on. Reste à confirmer la date exacte de cette cérémonie. Tout comme le Palais de la Culture, les arènes d’Oran auront un impact positif sur le tourisme et la culture oranais, d’où l’intérêt de se rattraper et ouvrir les arènes aux visiteurs et aux nombreux touristes et Pieds noirs qui n’hésiteront pas à se souvenir des moments passés à Oran et les spectacles de la Corrida qui faisaient les beaux jours de la ville.